Développement de scores de risque basés sur l’imagerie, pour la prédiction d’hémorragie intracr...

Développement de scores de risque basés sur l’imagerie, pour la prédiction d’hémorragie intracranienne et d’infarctus cérébraux, chez les patients traités par antithrombotique dans les suites d’un infarctus cérébral ou d’un accident ischémique transitoire : une analyse poolée de données individuelles de patients issues d’étude de cohorte.


Dr Emilie Doche, UNV CHU Marseille.



Introduction

Chez les patients traités par antithrombotique en prévention secondaire d’un infarctus cérébral (IC) ou d’accident ischémique transitoire (AIT), la balance entre le risque de récidive ischémique et celui d’hémorragie intracranienne (HIC) doit être évaluée avec précaution.

Les modèles prédictifs existants offrent des performances insuffisantes, notamment pour évaluer le risque hémorragique intrâcranien (par exemple le score HAS-BLED).

Les auteurs ont souhaité développer de nouveaux scores clinico-radiologiques d’évaluation du risque, intégrant notamment la quantification des microsaignements cérébraux en IRM.


Méthodes

Les auteurs ont réalisé une analyse poolée de données individuelles à partir du Microbleeds International Collaborative Network (MICON), qui inclut 38 cohortes hospitalières prospectives dans 18 pays (Amérique du Nord, Europe, Moyen-Orient, Asie et Océanie). Toutes les études ont recruté des patients ayant présenté des IC ou AIT, avec à l’inclusion une IRM cérébrale, permettant la quantification des microsaignements. Les patients ont été suivis au moins 3 mois à la recherche d’IC ou HIC. Les participants sans antithrombotiques ont été exclus.

Les auteurs ont utilisé un modèle de régression de Cox pour prédire le risque à 5 ans d’HIC ou d’IC, en sélectionnant des variables candidates sur leur pertinence biologique. Des scores de risque applicables à une utilisation clinique ont été établis. La performance de chaque modèle a été évaluée par validation interne, en utilisant des corrections statistiques.


Résultats

Au total, 15 784 patients ont été inclus, issus de 38 études (15 766 participants ont été suivis pour une HIC et 15 784 pour un IC). Avec un suivi médian de 2 ans, 184 HIC et 1048 IC ont été rapportés.


1) Risque d’HIC (score MICON-ICH)

Le score développé (sur un total de 24 points) comprenait les variables suivantes : nombre de microsaignements (0-9 points), type de séquence T2* (2 points), âge (0-4 points), origine ethnique asiatique (2 points), ATCD d’IC (1 point), ATCD d’HIC (5 points) et type de traitement antithrombotique (1 points). Plus le score est élevé, plus le risque d’HIC est élevé (Figure ci-dessous). L’indice c de ce modèle était de 0,73 (95% CI 0,69–0,77), significativement plus élevé que celui du score HAS-BLED qui n’intègre pas les microsaignements.



2) Risque d’IC (score MICON-IS)

Le score développé (sur un total de 34 points) comprenait les variables suivantes : nombre de microsaignements (0-5 points), type de séquence T2* (3 points), âge (0-4 points), origine ethnique asiatique (4 points), ATCD d’IC (5 points), présentation avec un IC (2 points), diabète (2 points), le type de traitement antithrombotique (0-9 points). Plus le score est élevé, plus le risque d’IC est élevé (Figure ci-dessous). L’indice c de ce modèle était de 0,63 (95% CI 0,62–0,65), sans différence significative cependant en comparaison aux scores déjà existants n’intégrant pas les microsaignements.




Conclusion/discussion

Les scores de risque MICON, intégrant des variables cliniques et la quantification de microsaignements, offrent une valeur prédictive du risque à long terme d’HIC et d’IC, pour les patients sous traitement antithrombotique en prévention secondaire d’un IC ou AIT. Ils pourraient permettre, après validation externe sur une population indépendante, d’aider aux décisions thérapeutiques individualisées ou à la sélection des meilleurs candidats à inclure dans des essais thérapeutiques évaluant le rapport bénéfices/risques d’antithrombotiques en cas de risque hémorragique élevé.

Cependant, il est important de préciser qu’après un IC ou AIT, le risque ischémique sous anti-thrombotique semble toujours plus élevé que le risque hémorragique, et cette étude ne suggère donc pas de surseoir au traitement anti-thrombotique en cas de nombreux microsaignements ou de score MICON-ICH élevé.




Bibliographie

Best et al, MICON (Microbleeds International Collaborative Network),

Lancet Neurology 2021.

doi: 10.1016/S1474-4422(21)00024-7









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